Quand tu ouvres une application de bourse et que tu vois un cours bouger en une fraction de seconde, il y a de fortes chances qu'aucun humain n'ait appuyé sur « acheter » à ce moment précis. Voici ce qu'il faut comprendre.
Le trading algorithmique, c'est déjà la norme
Le trading algorithmique consiste à utiliser des programmes informatiques pour passer des ordres de bourse automatiquement, selon des règles définies à l'avance. Ce n'est pas nouveau : ça existe depuis plus d'une décennie.
Ce qui a changé, c'est l'ampleur. Il n'existe pas de chiffre officiel unique, parce que personne ne mesure la totalité des marchés de la même façon. Deux repères sérieux, plutôt qu'un pourcentage annoncé comme une vérité :
- Le régulateur américain décrit un marché essentiellement automatisé. Dans son rapport de 2020, la SEC explique que le traitement manuel des ordres institutionnels est devenu rare, remplacé par des algorithmes d'exécution et des systèmes de routage.
- Les estimations chiffrées varient selon le périmètre. Celles que l'on croise le plus souvent situent la part des volumes automatisés entre 60 % et 75 % sur les actions américaines. Elles viennent d'analyses de marché, pas d'une statistique publique : à prendre comme un ordre de grandeur, pas comme une mesure.
Trading algorithmique et trading haute fréquence : pas la même chose
Deux termes souvent confondus :
- Le trading algorithmique désigne l'automatisation des ordres selon des règles, à toutes les échelles de temps.
- Le trading haute fréquence (HFT) en est un sous-ensemble, tourné vers la vitesse d'exécution extrême, parfois à la microseconde.
Autrement dit, tout trading haute fréquence est algorithmique, mais l'inverse est faux : un fonds qui fait exécuter un gros ordre en tranches sur toute une journée fait aussi du trading algorithmique.
Ce que l'intelligence artificielle change concrètement
Avant, les algorithmes suivaient des règles fixes, écrites à l'avance : « si le prix descend de X %, vends ». L'intelligence artificielle, notamment par l'apprentissage automatique, change la donne : le modèle apprend à partir de données historiques, cours, volumes, données macroéconomiques, pour identifier des corrélations et estimer des probabilités.
Une précision importante : ce n'est pas de la prédiction magique, c'est de la statistique avancée appliquée à des données massives. Un algorithme qui affiche 80 % de transactions gagnantes sur cinq ans de tests peut très bien perdre de l'argent une fois déployé en réel, si les conditions de marché changent.
Ce que ça implique quand on investit en tant que particulier
- Ces outils se diffusent. Longtemps réservés aux institutions financières, certains outils d'analyse assistée par IA sont désormais proposés aux particuliers par des plateformes de courtage.
- Comprendre reste indispensable. Utiliser un outil automatisé sans comprendre sa logique, c'est prendre un risque qu'on ne mesure pas : si tu ne sais pas pourquoi l'outil ouvre une position, tu ne sauras pas non plus quand t'en méfier.
- Les marchés restent en partie humains. Malgré la part croissante des algorithmes, les prix reflètent aussi des décisions humaines, collectives, parfois irrationnelles. Aucun modèle ne capture cela parfaitement.
En résumé
Le trading algorithmique n'est plus une niche technique, c'est devenu la norme structurelle des marchés. L'intelligence artificielle y ajoute une couche d'apprentissage à partir des données, mais elle ne remplace ni la nécessité de comprendre ce qu'on fait, ni la part d'imprévisibilité propre aux marchés.
Sources
- SEC, Staff Report on Algorithmic Trading in U.S. Capital Markets, 5 août 2020
- SEC, Equity Market Structure Literature Review, Part II : High Frequency Trading, mars 2014
- HEC Paris, TABB Group et analyses sectorielles 2026, pour les estimations de part de volume automatisé
Cet article est informatif et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil ni une recommandation d'investissement personnalisée, et ne recommande aucun outil ni aucune plateforme. Investir comporte un risque de perte en capital.